Comment devenir Fondeur de Cloches ?

En bref

  • Salaire : 22k à 38k € brut/an en France (2026)
  • Niveau d'études : CAP à BTS (2 à 4 ans)
  • Domaine : Industrie & Ingénierie
  • Conditions d'exercice : Fonderies traditionnelles, atelier métallurgique
  • Code ROME : H2906

Le fondeur de cloches est un artisan d'art rarissime qui perpétue un savoir-faire millénaire inscrit au patrimoine culturel immatériel de la France. Maître du bronze (alliage d'environ 78 % de cuivre et 22 % d'étain, appelé aussi airain ou métal des cloches), il conçoit, moule, coule et accorde des cloches destinées aux églises, aux carillons, aux beffrois civils, aux mairies, aux navires et aux particuliers. Le métier mobilise des connaissances pointues en métallurgie, en acoustique musicale, en moulage à la cire perdue ou à la fausse cloche, et exige une oreille musicale très fine pour accorder chaque cloche aux harmoniques attendues (note fondamentale, prime, tierce mineure, quinte, octave).

En 2026, il ne reste qu'une poignée de fonderies de cloches en activité en France, dont la plus emblématique est la Fonderie Cornille-Havard à Villedieu-les-Poêles (Manche), héritière d'une tradition normande remontant au Moyen Âge, et la Fonderie Paccard à Sévrier en Haute-Savoie, fondée en 1796 et fournisseur de cloches dans le monde entier (Vatican, USA, Asie). À elles deux, ces fonderies représentent la quasi-totalité de la production française et exportent jusqu'à 80 % de leurs cloches. Le code ROME associé est H2906 — Conduite d'équipement de formage et découpage des matériaux, complété par H3203 (Fabrication de pièces en céramique et matériaux composites) pour le travail du moule. La convention collective applicable est celle de la Métallurgie (UIMM IDCC 3248).

Au quotidien, le fondeur de cloches conçoit d'abord le profil de sa cloche (l'épaisseur précise du bronze détermine la note), confectionne le « noyau » en argile et fumier (la forme intérieure), puis la « fausse cloche » qui sert à dessiner l'extérieur, applique les ornements (inscriptions latines, croix, blasons, motifs religieux ou civils), monte la chape qui recouvre l'ensemble, fait fondre le bronze à plus de 1 100 °C dans un four à cubilot, coule le métal en fusion d'un seul jet dans le moule (un moment de tension extrême : la moindre poche d'air ruine la cloche), laisse refroidir plusieurs jours, démoule, ébarbe, polit, et termine par l'accordage à la machine d'accord (tour à commande numérique qui retire de la matière intérieure pour ajuster les harmoniques au cent près).

Le métier offre peu de postes mais une reconnaissance internationale. Les fondeurs de cloches français bénéficient du label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV) et de la reconnaissance UNESCO du savoir-faire campanaire. Les passerelles existent vers la restauration de cloches anciennes (mécanisation, soudure de fissures), le métier de campaniste (installation, mécanisation, sonnerie) ou la médiation patrimoniale (visites guidées, ateliers pédagogiques). C'est un métier de passion qui exige de la patience, un sens artistique aiguisé et un profond respect du geste ancestral.

Salaire

22k - 38k € brut annuel

Niveau d'études : CAP à BTS · Durée : 2 à 4 ans

Missions principales

  • Concevoir et tracer le profil acoustique de la cloche selon la note souhaitée
  • Préparer les matériaux du moule (argile, fumier, sable, laine de chanvre)
  • Réaliser le noyau intérieur de la cloche
  • Monter la fausse cloche qui sert de matrice extérieure
  • Sculpter et appliquer les ornements (inscriptions, croix, motifs, blasons)
  • Recouvrir l'ensemble de la chape extérieure et procéder à la cuisson du moule
  • Préparer l'alliage : 78 % cuivre + 22 % étain pour obtenir l'airain
  • Conduire le four à cubilot et faire fondre le bronze à plus de 1 100 °C
  • Couler le métal en fusion dans le moule en un seul jet maîtrisé
  • Démouler et ébarber la cloche après refroidissement (plusieurs jours)
  • Accorder la cloche au tour à commande numérique pour ajuster les harmoniques
  • Restaurer et soudoer les cloches anciennes endommagées ou fissurées

Compétences requises

  • Métallurgie du bronze (cuivre, étain, alliages, températures de fusion)
  • Conduite de four à cubilot et gestion des températures
  • Techniques de moulage traditionnel (cire perdue, fausse cloche, argile-fumier)
  • Acoustique musicale et accordage harmonique des cloches
  • Lecture de plans et tracés profil de cloche
  • Sculpture et ornementation décorative
  • Soudure et restauration de cloches anciennes
  • Utilisation du tour à commande numérique pour l'accordage
  • Connaissance du patrimoine campanaire (histoire des cloches, terminologie)
  • Gestes et postures pour le port de charges très lourdes
  • Sécurité incendie et manipulation de métal en fusion
  • Connaissances de base en latin (inscriptions traditionnelles)
  • Anglais commercial pour les commandes internationales

Formations pour devenir Fondeur de Cloches

  • CAP Mouleur Noyauteur — 2 ans, Lycée des Arpents Pasteur (Le Blanc-Mesnil), Lycée Eiffel
  • CAP Bronzier — 2 ans, lycées des métiers d'art
  • Bac Pro Fonderie — 3 ans, lycée Vauban (Brest), lycée du Bois (Mouchard)
  • BMA (Brevet des Métiers d'Art) Bronzier — 2 ans en apprentissage
  • BTS Fonderie — 2 ans, lycée Marie Curie (Échirolles), lycée Jules Garnier
  • DMA (Diplôme des Métiers d'Art) Décor Architectural option Métal — Olivier de Serres Paris
  • Compagnons du Devoir — section bronze, fonderie, métal d'art
  • Apprentissage direct en fonderie de cloches (Cornille-Havard, Paccard)

Grille salariale détaillée

  • Apprenti / ouvrier débutant (0-2 ans) : 22 000 – 26 000 € brut/an
  • Ouvrier qualifié (2-5 ans) : 25 000 – 32 000 € brut/an
  • Compagnon fondeur (5-15 ans) : 30 000 – 38 000 € brut/an
  • Maître fondeur / Chef d'atelier (15+ ans) : 36 000 – 50 000 € brut/an

Avantages et inconvénients

Les plus

  • Métier d'art rarissime et reconnu au patrimoine immatériel UNESCO
  • Label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) pour les fonderies historiques
  • Cadre de travail unique, ateliers chargés d'histoire
  • Polyvalence : métallurgie, art, musique, restauration, médiation
  • Reconnaissance internationale (export jusqu'à 80 % de la production)
  • Sentiment de transmission d'un savoir-faire millénaire

Les moins

  • Très peu de postes en France (deux fonderies majeures principalement)
  • Rémunération modeste malgré la technicité (CCN UIMM Métallurgie IDCC 3248)
  • Conditions de travail dures : chaleur extrême du four (1 100 °C), poussières, fumées
  • Port de charges très lourdes (cloches de plusieurs tonnes)
  • Risques importants : brûlures, coulée, manipulation de métal en fusion
  • Apprentissage long et exigeant (plusieurs années avant maîtrise complète)

Secteurs qui recrutent

  • Fonderie Cornille-Havard (Villedieu-les-Poêles, Normandie — Entreprise du Patrimoine Vivant)
  • Fonderie Paccard (Sévrier, Haute-Savoie — leader mondial fondé en 1796)
  • Fonderie de Saint-Jean-de-Braye (Loiret)
  • Bodet Campanaire (mécanisation et électrification de cloches, Trémentines)
  • ART Campanaire (Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, restauration)
  • Mamias (Hérépian, atelier traditionnel)
  • Diocèses et paroisses (commandes religieuses)
  • Collectivités (mairies, beffrois, monuments historiques)
  • Carillons et beffrois municipaux (Lille, Douai, Saint-Amand)
  • Marché export (Vatican, USA, Asie, Amérique latine — 80 % du CA)

Évolution de carrière

Le fondeur de cloches débute en atelier comme apprenti ou ouvrier qualifié sous la grille UIMM Métallurgie (IDCC 3248), avec une rémunération de 22 000 à 28 000 € brut/an. Après 5 à 8 ans d'expérience et la maîtrise de l'ensemble du processus (moulage, coulée, accordage), il devient compagnon fondeur ou maître d'atelier (28 000 à 38 000 €). Les profils les plus expérimentés, après 15 à 20 ans de pratique, peuvent atteindre le statut de Maître Fondeur, voire reprendre une fonderie historique. Beaucoup s'installent comme artisans pour la restauration et la mécanisation campanaire. D'autres évoluent vers le métier de campaniste (installation, sonnerie, électrification), la médiation culturelle (visites guidées, démonstrations à Cornille-Havard, Paccard, festivals carillonneurs), ou la formation transmission du savoir-faire dans le cadre du label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) et de la reconnaissance UNESCO.

Questions fréquentes sur le métier de Fondeur de Cloches

Combien y a-t-il de fonderies de cloches en France en 2026 ?
Il ne reste que quelques fonderies de cloches actives en France, dont les deux plus emblématiques sont Cornille-Havard à Villedieu-les-Poêles (Manche) et Paccard à Sévrier (Haute-Savoie), toutes deux labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Ces fonderies fournissent l'immense majorité des cloches d'église, carillons et beffrois français et exportent jusqu'à 80 % de leur production dans le monde entier (Vatican, États-Unis, Asie, Afrique).
Comment devient-on fondeur de cloches ?
La voie classique est un CAP Bronzier ou Mouleur-Noyauteur, complété d'un Bac Pro Fonderie ou d'un BMA Bronzier. Mais la majorité des fondeurs actuels sont formés directement en apprentissage dans les fonderies historiques (Cornille-Havard, Paccard), parfois après un parcours dans la métallurgie d'art ou les Compagnons du Devoir. La maîtrise complète du métier demande 5 à 10 ans d'expérience pratique.
Quel est le salaire d'un fondeur de cloches en 2026 ?
Selon la grille UIMM Métallurgie (IDCC 3248), un fondeur débutant gagne 22 000 à 26 000 € brut/an, un ouvrier qualifié 25 000 à 32 000 €, et un compagnon fondeur expérimenté 30 000 à 38 000 €. Un maître fondeur ou chef d'atelier dans une fonderie historique peut atteindre 36 000 à 50 000 €. Les rémunérations restent modestes au regard de la technicité, mais le label EPV apporte stabilité et fierté professionnelle.
Comment accorde-t-on une cloche ?
L'accordage d'une cloche se fait après refroidissement, en retirant de la matière à l'intérieur de la cloche au tour à commande numérique. Un fondeur expérimenté ajuste cinq harmoniques principaux : la note fondamentale (octave grave), la prime, la tierce mineure, la quinte et l'octave aiguë. La précision est de l'ordre du cent (1/100 de demi-ton). C'est un travail d'oreille très fine, parfois assisté d'un accordeur électronique.
Le métier de fondeur de cloches est-il en voie de disparition ?
Le métier est rare mais n'est pas en voie de disparition. La demande mondiale reste constante (commandes religieuses, carillons civils, restaurations de patrimoine, commémorations) et les deux fonderies françaises principales exportent fortement. La reconnaissance UNESCO du savoir-faire campanaire et le label EPV protègent et valorisent la profession. Le défi principal reste la transmission aux jeunes générations, encore peu nombreuses à se former.

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Références officielles

Approfondissez avec les sources publiques françaises de référence (France Travail, ONISEP).

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