Comment devenir Vitrailliste ?

En bref

  • Salaire : 22k à 38k € brut/an en France (2026)
  • Niveau d'études : CAP à Bac+3 (2 à 5 ans)
  • Domaine : Artisanat & Métiers d'art
  • Conditions d'exercice : Atelier / Chantier
  • Code ROME : B1601

Le vitrailliste, aussi appelé maître verrier, est un artisan d'art qui conçoit, fabrique et restaure des vitraux. Il assemble des morceaux de verre coloré, peint ou gravé, maintenus par un réseau de plomb, de cuivre (technique Tiffany) ou de résine, pour créer des compositions lumineuses destinées aux édifices religieux, aux monuments historiques, aux bâtiments civils et aux créations contemporaines. Héritier d'une tradition millénaire qui a atteint son apogée au XIIᵉ-XIIIᵉ siècles avec les vitraux gothiques (Sainte-Chapelle, Chartres), il allie compétences artistiques, techniques et scientifiques (chimie du verre, photographie, chimie de la plombaison).

En 2026, la France compte environ 400 ateliers de vitrail actifs selon l'INMA et les données du Ministère de la Culture, dont une soixantaine labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV). Le secteur reste très lié au patrimoine religieux français (95 000 édifices religieux, 45 000 églises classées ou inscrites aux Monuments Historiques), mais connaît un renouveau dans la création contemporaine (commandes pour lieux publics, mairies, architectes, commandes privées). Le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris (2019-2025) a été un catalyseur majeur pour la reconnaissance du métier et l'émergence de nouvelles vocations. Le code ROME associé est B1601 — Réalisation d'ouvrages décoratifs et utilitaires en verre.

Au quotidien, le vitrailliste alterne entre des phases de conception (dessin de la maquette à l'aquarelle ou à la gouache, réalisation du carton à échelle 1:1 qui servira de patron), de découpe (sélection des verres colorés chez les verriers allemands et français, découpe au diamant ou à la molette), de peinture et de cuisson (grisaille, émaux vitrifiables, jaune d'argent cuits au four à 600-700°C), d'assemblage (mise en plomb, soudure à l'étain au fer à souder) et de masticage final. Il intervient également sur chantier pour la dépose et la pose de vitraux dans les édifices. Les journées alternent entre atelier (concentration sur pièces de précision) et déplacements sur sites patrimoniaux.

Les environnements de travail varient selon la spécialisation. Le vitrailliste peut exercer en atelier indépendant (la majorité des cas, souvent 1 à 5 personnes), dans un atelier spécialisé monuments historiques (Ateliers Duchemin, Atelier Thomas, Manufacture Vincent-Petit, Manufacture du Vitrail à Chartres), dans un atelier de création contemporaine (collaboration avec artistes et architectes), dans un atelier rattaché à une cathédrale ou une manufacture (Manufacture royale de Saint-Gobain pour le verre). Il travaille à la fois en atelier fermé pour la fabrication et sur chantier pour la pose et la restauration in situ. Certains intègrent les Compagnons du Devoir pour le Tour de France Vitrailliste.

Salaire

22k - 38k € brut annuel

Niveau d'études : CAP à Bac+3 · Durée : 2 à 5 ans

Missions principales

  • Rencontrer le client (prêtre, architecte des Bâtiments de France, particulier) pour définir le projet et son cahier des charges
  • Concevoir la maquette du vitrail à l'aquarelle ou à la gouache (format réduit), puis valider avec le client
  • Réaliser le carton du vitrail à échelle 1:1 (patron complet), incluant le tracé des lignes de plomb et les indications de couleurs
  • Sélectionner et commander les verres colorés auprès des verriers spécialisés (Lamberts en Allemagne, Saint-Just en France)
  • Reporter le dessin du carton sur le verre, puis découper chaque pièce à la molette de verrier en suivant le tracé
  • Retoucher les bords des pièces à la grugeoir (pince spéciale) pour un ajustement parfait
  • Peindre les détails (visages, drapés, inscriptions) à la grisaille et aux émaux vitrifiables, cuisson au four à 620°C
  • Appliquer le jaune d'argent pour les effets dorés (cuisson spécifique), appliquer les sanguines pour les visages
  • Assembler le vitrail en enchâssant chaque pièce dans les baguettes de plomb en H, selon le tracé du carton
  • Souder à l'étain tous les nœuds du réseau de plomb avec un fer à souder
  • Mastiquer le vitrail (mastic à la céruse ou au carbonate de calcium) pour étanchéifier et rigidifier l'ensemble
  • Restaurer les vitraux anciens : dépose, nettoyage, remplacement des pièces cassées, refixage de la peinture, relevés photographiques
  • Poser les vitraux sur chantier dans leurs baies en pierre, avec système de protection (verrière de doublage extérieure)
  • Rédiger les rapports de restauration, photographier chaque étape pour archivage (exigence monuments historiques)

Compétences requises

  • Techniques traditionnelles du vitrail au plomb : découpe, enchâssage, soudure à l'étain, masticage
  • Technique Tiffany (ruban cuivre) pour les vitraux décoratifs et les abat-jours
  • Peinture sur verre : grisaille, émaux vitrifiables, jaune d'argent, sanguine, carnations
  • Découpe du verre à la molette, au diamant, à la roulette (ligne droite et ligne courbe)
  • Conduite de four à verre (cycles de cuisson à 620-700°C, courbes de montée et de descente)
  • Dessin, aquarelle, gouache pour les maquettes et cartons
  • Histoire de l'art du vitrail (art roman, gothique, Renaissance, Art Nouveau, contemporain)
  • Histoire de l'art et iconographie religieuse (nécessaire pour lire et restaurer les vitraux anciens)
  • Chimie du verre et des pigments (compatibilité entre verres et peintures à cuire)
  • Techniques de restauration selon la Charte du Vitrail (ICOMOS, déontologie patrimoniale)
  • Photographie documentaire et dessin de relevés (obligatoire sur monuments historiques)
  • Lecture de plans et cotation architecturale (travail en collaboration avec les architectes)
  • Travail en hauteur sécurisé (échafaudages, nacelles, harnais) pour la pose et dépose sur chantier
  • Techniques modernes : dalle de verre au ciment, thermoformage, fusing, sérigraphie sur verre, résines UV
  • Gestion d'atelier : devis, relation client, coordination avec architectes des Bâtiments de France, DRAC

Formations pour devenir Vitrailliste

  • CAP Arts et techniques du verre option vitrailliste (2 ans après la 3ᵉ)
  • Bac Pro Artisanat et Métiers d'Art option verrerie scientifique ou vitrail
  • BMA Verrier décorateur — Brevet des Métiers d'Art (2 ans après le CAP)
  • DMA Arts du verre et du cristal (en voie d'extinction au profit du DN MADE)
  • DN MADE mention matériaux parcours verre / vitrail (Bac+3) — écoles : Lycée Lucas de Nehou à Paris (la référence française), Lycée Jean Monnet à Yzeure, École de Condé
  • Lycée Lucas de Nehou (Paris) — école d'excellence française du vitrail et de la verrerie d'art (CAP, BMA, DN MADE)
  • Formation atelier (compagnonnage) chez un Maître verrier, souvent 3 à 5 ans en conditions réelles
  • Compagnons du Devoir et du Tour de France — parcours Vitrailliste avec Tour de France de 5 à 7 ans

Grille salariale détaillée

  • Vitrailliste débutant (0-3 ans) : 21 000 – 26 000 € brut/an
  • Vitrailliste confirmé (3-8 ans) : 26 000 – 34 000 € brut/an
  • Chef d'atelier / Maître verrier (8-15 ans) : 34 000 – 45 000 € brut/an
  • Maître artisan / MOF Vitrail / Dirigeant d'atelier EPV (15+ ans) : 45 000 – 70 000 € brut/an

Avantages et inconvénients

Les plus

  • Métier-passion au croisement de l'art, de l'histoire et du patrimoine
  • Satisfaction de contribuer à la restauration de chefs-d'œuvre millénaires
  • Diversité des projets : vitraux anciens, créations contemporaines, objets décoratifs
  • Secteur soutenu par les pouvoirs publics (plans de restauration, chantier Notre-Dame, financement DRAC)
  • Reconnaissance internationale du savoir-faire français (label EPV, expertise monuments historiques)

Les moins

  • Revenus modestes en début de carrière (proche du SMIC) et marché restreint en volume
  • Charges d'atelier importantes (four à verre, loyer, matières premières verre et plomb, assurances)
  • Risques pour la santé : plomb (saturnisme), poussières de verre, fumées de soudure à l'étain, fatigue oculaire, troubles musculo-squelettiques
  • Travail physique (port de vitraux lourds, travail en hauteur sur échafaudages, position inconfortable)
  • Concurrence forte sur les marchés publics de restauration (appels d'offres, cahiers des charges très techniques)
  • Clientèle et prescripteurs peu nombreux (diocèses, DRAC, architectes spécialisés), long temps pour se faire un nom
  • Exposition aux aléas météo sur les chantiers extérieurs (cathédrales en hiver = conditions difficiles)

Secteurs qui recrutent

  • Ateliers indépendants de vitrail (création et restauration, 1 à 10 personnes)
  • Ateliers labellisés Monuments Historiques (Ateliers Duchemin, Atelier Thomas Vitraux, Vitraux Loire, Manufacture Vincent-Petit)
  • Chantiers de cathédrales et monuments historiques (Notre-Dame de Paris, Chartres, Reims, Strasbourg, Mont Saint-Michel, Sainte-Chapelle)
  • Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) et Services Monuments Historiques
  • Diocèses et paroisses (commanditaires historiques des vitraux d'église)
  • Architectes et architectes des Bâtiments de France (ABF) pour la maîtrise d'œuvre
  • Manufactures et verreries d'art (Manufacture de Saint-Just, Loire, Saint-Gobain)
  • Galeries d'art et éditeurs de luminaires haut de gamme (Baccarat, Saint-Louis, collaborations artistes)
  • Compagnons du Devoir et du Tour de France (formation et chantiers)
  • Enseignement et formation (Lycée Lucas de Nehou Paris, Lycée Jean Monnet Yzeure, École de Condé)

Évolution de carrière

Le vitrailliste dispose de perspectives d'évolution progressives, généralement associées à la reconnaissance de son savoir-faire et à la constitution d'un réseau de prescripteurs (architectes, DRAC, clergé, particuliers). Après 3 à 5 ans comme ouvrier vitrailliste salarié (22 000 à 28 000 € brut/an), il peut devenir chef d'atelier ou vitrailliste confirmé dans un atelier indépendant (28 000 à 38 000 €). Avec 8 à 15 ans d'expérience, il peut s'installer à son compte comme maître verrier, créer son propre atelier et postuler aux marchés publics de restauration de monuments historiques (40 000 à 55 000 €). Le titre de Maître Artisan (délivré par la CMA après 10 ans) et le label EPV sont des marqueurs de reconnaissance importants. Les vitraillistes d'exception peuvent viser le concours de Meilleur Ouvrier de France (MOF) en vitrail, ou intégrer un chantier de prestige comme la restauration de Notre-Dame de Paris, de la Sainte-Chapelle, de la cathédrale de Chartres ou du Mont Saint-Michel. D'autres évoluent vers la création contemporaine en collaboration avec des artistes et architectes (commandes pour lieux publics, résidences privées haut de gamme, pouvant générer des revenus plus élevés). Les plus reconnus deviennent formateurs au lycée Lucas de Nehou, experts judiciaires, consultants pour la DRAC ou les Monuments Historiques, ou ouvrent un atelier employant plusieurs compagnons. Enfin, certains se spécialisent dans un créneau de niche comme la dalle de verre, le thermoformage artistique ou la création de luminaires haut de gamme (collaborations avec Baccarat, Saint-Louis).

Questions fréquentes sur le métier de Vitrailliste

Où se forme-t-on au métier de vitrailliste en France ?
La référence française est le Lycée Lucas de Nehou à Paris (15ᵉ arrondissement), qui propose un parcours complet : CAP Arts et techniques du verre option vitrailliste, BMA Verrier décorateur, et DN MADE mention matériaux parcours verre. D'autres établissements forment au métier : le Lycée Jean Monnet à Yzeure (Allier), l'École de Condé, ainsi que certaines écoles privées comme l'École du Vitrail à Chartres. Les Compagnons du Devoir proposent également un parcours vitrailliste avec Tour de France. Enfin, beaucoup d'ateliers prennent des apprentis en CAP et transmettent le savoir-faire par compagnonnage direct.
Quelle est la différence entre un vitrailliste et un maître verrier ?
Le vitrailliste est le terme générique qui désigne l'artisan qui fabrique et restaure des vitraux. Le 'maître verrier' est un titre plus prestigieux, traditionnellement attribué à un artisan expérimenté et reconnu qui dirige son atelier, maîtrise toutes les techniques (découpe, peinture sur verre, assemblage, restauration) et transmet son savoir. Dans la pratique contemporaine, les deux termes sont souvent utilisés indifféremment, même si 'maître verrier' conserve une connotation d'excellence et de reconnaissance officielle (Maître Artisan, EPV, MOF).
Peut-on vivre du vitrail aujourd'hui ?
Oui, mais c'est un métier de niche qui demande du temps et de la patience. Les débuts sont difficiles (SMIC ou proche) et il faut se constituer un réseau (architectes, DRAC, diocèses, particuliers). Les vitraillistes qui vivent bien de leur métier sont généralement ceux qui ont diversifié leurs activités : restauration de vitraux anciens (marchés publics Monuments Historiques), création contemporaine pour architectes et particuliers, cours et stages, et parfois objets décoratifs. Le chantier de restauration de Notre-Dame de Paris (2019-2025) a donné un coup d'accélérateur au secteur et créé de réelles opportunités pour les ateliers qualifiés.
Le vitrail a-t-il encore un avenir en 2026 ?
Oui, à double titre. D'abord pour la restauration : la France compte 95 000 édifices religieux dont beaucoup ont des vitraux anciens à entretenir ou restaurer, et les chantiers monuments historiques ne manqueront pas pour les décennies à venir (programmes de restauration permanents des cathédrales, églises classées). Ensuite pour la création contemporaine : de plus en plus d'architectes, d'artistes et de particuliers commandent des vitraux modernes pour des lieux publics (mairies, gares, musées) et privés (résidences, villas). Le vitrail reste un art vivant, à condition de le réinventer tout en préservant son savoir-faire traditionnel.

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Références officielles

Approfondissez avec les sources publiques françaises de référence (France Travail, ONISEP).

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