Comment devenir Électrobobinier ?

L'électrobobinier — aussi appelé bobineur industriel ou rebobineur de machines tournantes — est le spécialiste de la fabrication, de la maintenance et de la remise en état des bobinages des moteurs électriques, alternateurs, transformateurs, génératrices, pompes immergées et servomoteurs. Sans bobinage fonctionnel, aucun moteur ne tourne : c'est lui qui diagnostique, démonte, nettoie, rebobine et remonte les machines électriques de toute taille, de la perceuse portative jusqu'aux alternateurs de centrales hydroélectriques de plusieurs mégawatts. Son savoir-faire est à mi-chemin entre l'artisanat d'excellence (bobinage fait main sur machines anciennes) et l'industrie moderne (bobinage sur machines automatisées pour séries).

En 2026, le métier est en forte tension avec une pyramide des âges défavorable : beaucoup de professionnels expérimentés partent à la retraite sans être remplacés. Selon l'UIMM et la FGME (Fédération des Grossistes en Matériel Électrique), plus de 800 postes sont à pourvoir chaque année en France, alors que les formations en attirent trop peu. Le code ROME associé est H2602 — Câblage électrique et électromécanique d'équipements industriels. L'essor des moteurs électriques pour la transition énergétique (véhicules électriques, pompes à chaleur, éolien, industrie 4.0) crée un besoin durable, d'autant que le rebobinage est une alternative écologique au remplacement : il évite le gaspillage de cuivre et d'acier en donnant une seconde vie aux machines.

Au quotidien, l'électrobobinier commence par analyser la machine défaillante : lecture de la plaque signalétique (puissance, tension, polarité, vitesse), mesures électriques (isolement, résistance, continuité), diagnostic de la panne (court-circuit, isolement défaillant, connexion rompue, usure roulement). Il démonte ensuite le moteur, relève le bobinage existant (nombre de spires, pas d'enroulement, schéma), enlève l'ancien bobinage, nettoie les tôles, prépare les isolants et bobine le nouveau cuivre manuellement ou sur une bobineuse semi-automatique. Il insère ensuite le bobinage dans les encoches, raccorde les sorties, imprègne au vernis, cuit en étuve, teste électriquement (rigidité diélectrique, isolement, résistance) et remonte la machine. Le travail demande autant de précision manuelle que de rigueur technique.

Les environnements de travail incluent les ateliers de bobinage indépendants (très nombreux en PME dans toute la France), les services maintenance des grands groupes industriels (SEW Usocome, Leroy-Somer/ABB, Nidec, Schneider Electric) et les constructeurs de moteurs électriques. La rémunération 2026 démarre autour de 24 000 € brut/an en sortie de formation et peut atteindre 42 000 € pour un électrobobinier expert spécialisé grandes machines ou secteur ferroviaire / marine.

Salaire

24k - 42k € brut annuel

Niveau d'études : CAP à Bac+2 · Durée : 2 à 3 ans

Missions principales

  • Diagnostiquer les pannes électriques des moteurs, alternateurs et transformateurs (court-circuit, isolement, continuité, résistance)
  • Mesurer et contrôler les machines entrantes : tests d'isolement (mégohmmètre), rigidité diélectrique, résistance des enroulements, analyse des roulements
  • Démonter les moteurs électriques (rotor, stator, roulements, couvercles, ventilateurs) avec les outillages spécifiques
  • Relever les caractéristiques du bobinage existant : nombre de spires, pas d'enroulement, diamètre du fil, schéma de raccordement
  • Enlever l'ancien bobinage après chauffage en étuve pour ramollir les vernis d'imprégnation
  • Nettoyer et inspecter les tôles magnétiques (stator et rotor) avant rebobinage
  • Préparer les isolants (papiers isolants Nomex, Mylar, feuilles de kapton, tubes isolants)
  • Bobiner les nouveaux enroulements manuellement ou sur bobineuse semi-automatique (fil émaillé de cuivre, section et nombre de spires précis)
  • Insérer les enroulements dans les encoches du stator et cabler les connexions selon le schéma
  • Imprégner le bobinage au vernis isolant (trempage ou goutte à goutte), cuire en étuve pour polymériser
  • Effectuer les tests finaux : essai à vide, mesure des courants, température, vibrations, équilibrage rotor
  • Remonter le moteur complet avec roulements neufs et effectuer l'essai fonctionnel en charge

Compétences requises

  • Électrotechnique et théorie des machines tournantes (moteurs asynchrones, synchrones, continus, brushless)
  • Lecture de schémas de bobinage et calcul des enroulements (nombre de spires, pas, couplage étoile/triangle)
  • Maîtrise des techniques de bobinage manuel et sur machines (bobineuses semi-automatiques)
  • Connaissance des matériaux isolants (Nomex, Mylar, vernis polyuréthane, polyester, silicone)
  • Tests électriques : mégohmmètre, pont de Wheatstone, rigidité diélectrique, essai HV
  • Diagnostic des roulements (Schaeffler, SKF, FAG, NSK) et remplacement
  • Équilibrage dynamique des rotors (machines jusqu'à 100 kg ou plus selon l'atelier)
  • Brasage fort et soudure (connexions cuivre-cuivre, cuivre-aluminium)
  • Habilitations électriques NF C 18-510 (BR, BC, B2V, H2V pour haute tension)
  • Lecture de plans mécaniques et documentation technique en anglais
  • Connaissance des normes CEI 60034 (machines électriques tournantes) et classes d'isolation (B, F, H)
  • Utilisation d'outillages spécifiques : presse à extraire, rectifieuse, tour d'outilleur, bancs d'essais
  • Notions de mécanique générale (usinage, ajustage, tournage pour reprise d'axes)
  • Sens du travail propre et traçabilité (bobinage identifiable et rebobinable à l'avenir)

Formations pour devenir Électrobobinier

  • CAP Préparation et Réalisation d'Ouvrages Électriques (PROELEC) ou CAP Métiers de l'Électricité (Bac-2, 2 ans)
  • Bac Pro MELEC — Métiers de l'Électricité et de ses Environnements Connectés (Bac, 3 ans)
  • Mention Complémentaire Technicien en Énergies Renouvelables ou en Soudage (niveau 4) — utile en complément
  • BTS Électrotechnique (Bac+2) — pour évoluer vers le diagnostic avancé et le bureau d'études
  • Titre professionnel Bobinier en Machines Électriques Tournantes (AFPA) — formation spécifique pour adultes en reconversion
  • Formation continue AFPA (centres de Pontivy, Rodez, Creil) sur le bobinage industriel
  • CQPM Électrobobinier — certification UIMM reconnue par la profession
  • Formations internes chez les constructeurs (SEW Usocome, Leroy-Somer, Nidec, ABB, Schneider Electric)

Secteurs qui recrutent

  • SEW Usocome (Haguenau, Forbach) — leader français des motoréducteurs
  • Leroy-Somer (Angoulême), division ABB depuis 2017 — alternateurs et motorisations industrielles
  • Nidec France — moteurs et servomoteurs de précision
  • ABB France (Saint-Ouen-l'Aumône, Montpellier) — machines électriques industrielles
  • Schneider Electric — moteurs et variateurs industriels
  • Ateliers de bobinage indépendants (plusieurs centaines en France — Rebobinage Services, ETMEC, Électro-Rebobinage)
  • Services maintenance des grands groupes industriels (ArcelorMittal, Michelin, Total, Sanofi, Engie)
  • Secteur ferroviaire : Alstom Maintenance, SNCF Technicentres
  • Secteur marine et défense : Naval Group, chantiers navals, thoniers et flotte de pêche
  • Secteur hydroélectrique et éolien : EDF Hydro, Engie Green, Nordex, Vestas, Enercon

Évolution de carrière

L'électrobobinier dispose d'une progression solide et d'une forte valorisation de l'expérience. En sortie de CAP ou Bac Pro MELEC, il démarre comme bobineur junior entre 24 000 et 28 000 € brut/an. Après 2 à 4 ans de pratique et l'obtention du CQPM Électrobobinier, il devient bobineur confirmé entre 28 000 et 35 000 €. Les profils spécialisés sur grandes machines (moteurs hydroélectriques, alternateurs industriels, ferroviaire, marine) peuvent atteindre 32 000 à 42 000 € dès 5 ans d'expérience. À partir de 8-10 ans, les postes de chef d'atelier (35 000 à 48 000 €), technicien SAV itinérant (38 000 à 50 000 €) ou expert bobinage pour constructeur (42 000 à 55 000 €) s'ouvrent. Les plus entreprenants peuvent racheter ou créer leur propre atelier de bobinage indépendant (investissement de 80 000 à 200 000 €), un secteur où la demande excède largement l'offre. L'expatriation vers la Suisse, l'Allemagne, le Luxembourg ou les pays où l'industrie lourde est présente (Pologne, Tchéquie) offre des rémunérations 25 à 40 % plus élevées. Le savoir-faire de l'électrobobinier est aussi recherché dans le secteur ferroviaire (Alstom Maintenance, SNCF) et marine (Naval Group, chantiers navals).

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