Comment devenir Décolleteur ?
Le décolleteur est un opérateur ou technicien hautement spécialisé dans la fabrication en série de pièces mécaniques de précision (vis, axes, embouts, raccords, contacts électriques, implants médicaux) à partir de barres de métal. Sur des tours automatiques (à cames historiquement, aujourd'hui à commande numérique multibroches ou monobroche poupée mobile type Tornos, Star, Citizen, Tsugami), il programme, règle, surveille et contrôle des machines qui produisent des centaines de milliers de pièces de petites dimensions, parfois inférieures au millimètre. La France, et plus particulièrement la Vallée de l'Arve en Haute-Savoie, est leader mondial du décolletage avec plus de 600 entreprises et 12 000 salariés.
En 2026, le décolletage français pèse environ 1,8 milliard d'euros de chiffre d'affaires (chiffres SNDEC — Syndicat National du Décolletage) et figure parmi les filières les plus stratégiques de la métallurgie. Le secteur, regroupé autour du pôle de compétitivité Mont-Blanc Industries et du Centre Technique du Décolletage (CTDEC), fournit l'automobile, l'aéronautique, le médical, l'horlogerie, la connectique et la défense. La tension sur les profils est historique : entre 1 500 et 2 000 postes à pourvoir chaque année, avec un déficit chronique malgré les efforts de l'UIMM et du SNDEC pour former. Le code ROME associé est H2906 — Conduite d'installation automatisée ou semi-automatisée de production mécanique, et de manière complémentaire H2903 — Conduite d'équipement d'usinage.
Une journée type commence par la lecture du dossier de fabrication (plans, gammes, programmes CN). Le décolleteur règle sa machine : choix et montage des outils coupants (forets, alésoirs, peignes, plaquettes carbure), réglage des butées, programmation ou modification du programme CN (FANUC, Fagor, Mitsubishi), choix des paramètres de coupe (vitesse, avance, lubrification). Il lance la production, contrôle les premières pièces (pied à coulisse, micromètre, projecteur de profil, MMT), corrige les dérives, surveille la qualité tout au long de la série. Selon l'organisation, il peut conduire 1 à 6 machines en simultané. L'environnement est un atelier propre, climatisé, avec niveau sonore modéré (environ 75 dB) et présence d'huile entière de coupe.
Le métier exige une grande rigueur, le sens du chiffre et de la précision (les tolérances descendent souvent à ±0,005 mm), et la capacité à travailler en autonomie. Les conditions physiques sont relativement confortables (atelier propre, station debout modérée), mais le travail en 2x8, 3x8 voire 5x8 (24h/24, 7j/7) est la règle dans les ateliers de production. L'exposition aux huiles de coupe et brouillards d'huile demande une bonne ventilation et le port d'EPI (lunettes, chaussures S3, blouse). Le métier est officiellement classé en tension par France Travail. La Vallée de l'Arve concentre plus de 70 % de l'emploi national et offre une employabilité quasi totale en sortie de formation.
Salaire
24k - 42k € brut annuel
Niveau d'études : CAP à Bac+2 · Durée : 2 à 4 ans après le collège
Missions principales
- Lire et interpréter les plans mécaniques 2D, les gammes de fabrication et les bons de commande
- Préparer la machine : montage des barres, des canons de guidage, des pinces de serrage
- Régler les outils coupants : forets, alésoirs, peignes, plaquettes carbure, outils spéciaux
- Programmer ou modifier les programmes CN (FANUC, Fagor, Mitsubishi, Cincom, Sinumerik)
- Lancer la production, contrôler les premières pièces et valider l'OK de démarrage
- Surveiller le bon déroulement de la production et corriger les dérives dimensionnelles
- Effectuer les contrôles dimensionnels en cours de série (pied à coulisse, micromètre, projecteur, MMT)
- Réaliser la maintenance de premier niveau : graissage, changement d'outils usés, remplacement de canons
- Assurer le changement de barres et la gestion des copeaux et des huiles de coupe
- Renseigner les fiches de production, les rapports qualité et les écarts de mesure (SPC)
- Identifier et déclarer les non-conformités, isoler les pièces rebutées
- Participer à l'amélioration continue et à l'optimisation des temps de cycle (5S, Lean)
Compétences requises
- Conduite et réglage de tours à commande numérique (CN) Tornos, Star, Citizen, Tsugami, Index
- Programmation CN ISO et conversationnelle (FANUC, Fagor, Mitsubishi, Cincom, Sinumerik)
- Lecture de plans mécaniques 2D et tolérances géométriques (GPS, ISO 1101)
- Métrologie de précision : pied à coulisse, micromètre, jauge tampon, projecteur de profil, MMT
- Connaissance des matériaux : aciers de décolletage, inox, laiton, aluminium, titane, alliages cuivreux
- Choix et affûtage des outils coupants, plaquettes carbure et outils PCD/CBN
- Calcul des paramètres de coupe (vitesse, avance, profondeur de passe)
- Maintenance de premier niveau et remplacement d'outils
- SPC (Statistical Process Control) et gestion des dérives dimensionnelles
- Notions de CFAO (lecture de fichiers SolidWorks, Mastercam, Esprit)
- Lean Manufacturing, 5S, SMED
- Référentiels qualité IATF 16949 (automobile), EN 9100 (aéronautique), ISO 13485 (médical)
- Anglais technique pour les notices machines des constructeurs internationaux
- Notions d'usinage à grande vitesse (UGV) et d'usinage du titane médical
Formations pour devenir Décolleteur
- CAP CPI — Conducteur d'installations de Production (2 ans après la 3e)
- Bac Pro TRPM option Décolletage — Technicien en Réalisation de Produits Mécaniques (3 ans)
- Bac Pro TU — Technicien d'Usinage (3 ans, en alternance recommandée)
- BTS CPRP — Conception des Processus de Réalisation de Produits (Bac+2)
- Titre Professionnel Décolleteur sur Tour à Cames et CN (AFPA, niveau 4)
- Licence Pro Métiers de l'Industrie : conception de produits industriels, parcours décolletage (Bac+3, en alternance avec le CTDEC)
- CQPM Régleur sur Machines à Commande Numérique (Certificat de Qualification Paritaire de la Métallurgie)
- Formation continue au CTDEC Cluses (Centre Technique de l'Industrie du Décolletage)
Secteurs qui recrutent
- Automobile et équipementiers (Stellantis, Renault, Valeo, Faurecia, Bosch, ZF Friedrichshafen)
- Aéronautique (Airbus, Safran, Daher, Latécoère, Liebherr Aerospace)
- Médical et implants (Stryker, Medtronic, Smith & Nephew, Zimmer Biomet)
- Connectique et électronique (TE Connectivity, Souriau, Radiall, Amphenol)
- Horlogerie et lunetterie (Swatch Group, Pequignet, Cartier, Hermès)
- Défense et armement (KNDS / Nexter, Thales, MBDA, Naval Group)
- Hydraulique et pneumatique (Parker Hannifin, Festo, Bosch Rexroth)
- Sous-traitants décolletage Vallée de l'Arve (NTN-SNR, Bontaz Centre, Frank et Pignard)
- Pôle de compétitivité Mont-Blanc Industries et CTDEC à Cluses
- Énergie et nucléaire (EDF, Framatome, programme EPR2)
Évolution de carrière
Le décolleteur démarre comme opérateur sur machine ou aide-régleur (24 000 à 28 000 € brut/an). Après 2 à 4 ans, il devient régleur confirmé multi-machines (28 000 à 36 000 €), capable de monter, programmer et démarrer une série en autonomie. Avec 5 à 8 ans, il peut devenir technicien décolletage expert ou programmeur CFAO (36 000 à 45 000 €), spécialisé dans les pièces complexes (médical, aéronautique, horlogerie). Il peut également devenir chef d'équipe atelier (38 000 à 48 000 €), technicien méthodes industrialisation (40 000 à 52 000 €), responsable production (45 000 à 65 000 €) ou formateur au CTDEC. La création d'entreprise indépendante de décolletage est très courante dans la Vallée de l'Arve, avec une demande toujours forte des donneurs d'ordres automobile et aéronautique.
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